Dans la foulĂ©e de leur concert au Poulpe, les membres du quatuor pop-punk-noise explosif Dewaere ont pris le temps de rĂ©pondre Ă mes questions. Etaient prĂ©sents Marc (basse), Julien (guitare) et Maxwell (chant) ainsi que Franck (batterie) et Yann (tour manager qui fera quelques interventions bien senties). J’ai l’habitude d’ajouter la mention (Rires) pour donner une idĂ©e de l’Ă©tat d’esprit Ă ce moment mais, lĂ , c’est toute l’interview qui est Ă lire avec un sens de l’humour et du second degrĂ© bien aiguisĂ©. Dewaere , c’est des tubes en sĂ©rie qui explosent sur disque, des concerts pied au plancher souvent dĂ©lirants et incontrĂŽlables mais leur interviews aussi sont rock’n roll.
Vous jouez trĂšs
réguliÚrement et votre album en est à son troisiÚme repressage :
ça a lâair de pas mal marcher pour Dewaere. Est-ce-que câest le
fruit dâune stratĂ©gie Ă©tablie et vous Ă©tiez sĂ»rs de votre coup
ou, au contraire, est-ce-que ça vous prend un peu par surprise ?
Marc : Totalement par suprise. Quand jâai Ă©tĂ© recrutĂ© pour un boulot, on mâa demandĂ© : « Est-ce-que tu vas repartir en tournĂ©e ? Est-ce-que tu seras totalement dispo pour le travail quâon te propose ? » Moi jâai dit : « Les tournĂ©es, câest terminĂ© ! » – jâavais 38 balais Ă lâĂ©poque – et je me retrouve dans la situation totalement inverse ! Mais, Ă la base, ce groupe, câĂ©tait juste pour faire du rock.
Julien : On a composĂ© des morceaux, on a rencontrĂ© Maxwell. On sâest dit câest cool, ça nous plait, on enregistre. Notre batteur connaissait un gars de chez BigoĂ»t records et de chez Phantom records. On a envoyĂ© notre album. Les mecs ont dit : « Oh, câest gĂ©nial ! » Ils nous ont proposĂ© un deal pour 300 vinyles. Donc on a sorti lâalbum et suite Ă la sortie de lâalbum, on a eu de bons retours, qui nous ont apportĂ© des dates, qui nous ont apportĂ© un tourneur, puis dâautres dates, encore de bons retours sur lâalbum hyper rĂ©guliĂšrement⊠Tout sâest enchaĂźnĂ© mais câĂ©tait hyper inattenduâŠ
Hugues jouait
dans Flying worker auparavant, et aussi Neige morte, Veuve SS â des
groupes qui tournaient ou tournent plutĂŽt dans la scĂšne
hardcore/DIY -, est-ce-que le fait de travailler avec des
intermédiaires comme votre tourneur et dans des circuits plus larges
vous pose certaines questions ?
Maxwell : Moi, je dĂ©teste chercher les dates, organiser les rĂ©pĂštes â et je crois que tous les musiciens sont dâaccord avec moi quand je dis ça. Quand tu as quelquâun qui organise des dates, franchement tu peux te branler sous la douche tranquillement avec lâimage de la reine dans ta tĂȘte ! (Marc pliĂ© de rire. NDLR)
Julien : Et puis, câest pas comme si on Ă©tait avec un agent vĂ©reux. Le mec, il est plus jeune que nousâŠ
Marc : Il est mĂ©ga passionnĂ©. Notre relation est hyper saine. On est Ă la mĂȘme hauteur. Il nous aide Ă nous dĂ©velopper, il a captĂ© le truc et… il bosse bien !
Maxwell : Il nous adore et on lâadore !
Julien : Parfois, il y a eu des gens qui nous disaient : « Nous, on veut pas passer par un tourneur, on veut passer en direct. » Mais câest unE erreur totale parce quâen passant par eux, câest tellement plus simple. Eux, câest leur mĂ©tier. Nous, notre truc câest de jouer de la musique et, eux, câest dâorganiser.
Du coup,
quâest-ce-que vous pensez des pratiques des tourneurs qui
consistent Ă avoir un droit de regard sur les premiĂšres parties ?
Julien : Franchement⊠Pas grand-chose. Je pense que si jâĂ©tais tourneur, je ferais la mĂȘme chose !
Marc : LĂ , tu poses la question aux musiciens, faudrait que tu demandes au tourneur. Basiquement, le tourneur, câest un vendeur mais un vendeur qui kiffe son truc, pas un mec qui vend des pots de yaourts, câest un mĂ©tier passion. Si il nous fait jouer dans des lieux comme ici, câest pas pour lâargent, câest parce que câest lĂ que le groupe rencontre son public.
Julien : Il y a des tourneurs qui nous auraient fait jouer en premiĂšre partie de Matmatah Ă lâOlympia mais lui si il nous fait jouer en premiĂšre partie, câest sur une date avec le Villejuif underground ou avec Cocaine piss.
Maxwell : Ca marcherait pas du toutâŠ
Julien (interloqué) : Je sais pas⊠Pourquoi ?
Maxwell : Ca marcherait pas du tout parce que câest NOUS les meilleurs ! (Rires)
Julien : Non, ce qui fait quâon est bien avec lui, câest que câest pas business mais il y a un bon truc de dĂ©veloppement.
Votre musique a
un cĂŽtĂ© assez entraĂźnant, assez fun. Est-ce-que câest une envie
que vous aviez dÚs le départ ?
Julien : Pas du tout ! Avant que Maxwell arrive, on avait que des instrumentaux orientĂ©s noise/math-rock. Assez rapidement, on sâest rendu compte quâil fallait que nos morceaux deviennent des chansons.
Câest vrai
que la voix de Maxwell sur du math-rock, jâai un peu du mal Ă
imaginer ce que ça pourrait donnerâŠ
Marc : Si ! Si ! Ca pourrait marcher mais ça serait vraiment chelou !
Julien : Il a apportĂ© quelque chose de beaucoup plus pop Ă nos morceaux et câest tant mieux.
Gloire Ă
Maxwell , quoi !
Marc : Ca a Ă©tĂ© un putain de coup de bol et câest gĂ©nial ! (Il se tourne vers Maxwell) Si tu veux, tout Ă lâheure, je te⊠(Une certaine conception de la dĂ©cence mâempĂȘche in extremis â malheureusement peut-ĂȘtre – de reproduire la proposition Ă caractĂšre sexuel de Marc dans sa totalitĂ©, ni la rĂ©ponse de Maxwell qui, il faut bien le dire, nâest JAMAIS pris en dĂ©faut de rĂ©partie. NDLR )
On entend
parfois dire que, pour les groupes Ă guitare, câest un peu
la fin, quâil y a plus trop de public, quâest-ce-que vous en
pensez ?
Julien : Moi, je trouve que câest le contraire, je trouve que ça revient !
Marc : Il y a toujours un public pour les bons groupes et pour les bonnes chansons. Tu peux faire de la techno au kilomĂštre, ça va marcher 5 ou 6 ans, tu vas remplir ton festival parce que les mecs sont sous MD et quâils sont dĂ©foncĂ©s. Mais que ce soit en rap, en rock, en pop, câest exactement pareil, les gens viennent chercher une Ă©motion. A partir du moment oĂč tu dis vraiment quelque chose, de la maniĂšre la plus pop qui soit, tu touches tout Ă coup un public hyper large et rĂ©ceptif !
Yann (semblant se réveiller tout-à -coup) : Est-ce que vous voulez voir ma raie ? Ou mon zizi ?
Maxwell : Yann Olivier entre en scĂšne !
Les gens
parlent parfois des annĂ©es 90 comme dâun Ăąge dâorâŠ
Marc : En tous cas, dans les annĂ©es 90, Maxwell nâĂ©coutait aucun groupe des annĂ©es 90 !
Maxwell : Câest nâimporte quoi : Michael Jackson, Spice girls, Fucking backstreet boys ! Mais bon, je suis nĂ© en 87, mec. These fucking dickheads listened to Nirvana, Sonic youthâŠ
Marc : JâĂ©coutais du black metal !
Maxwell : Non, toute ma vie, jâai Ă©coutĂ© les Beatles ! Pour moi, câest tout ce qui compte ! Nirvana, je vois que câest bien mais⊠ça mâemmerde ! Câest comme le massage shiatsu, câest bien mais ça te fait rien !
(A ce moment, Julien essaye de mâexpliquer le son de guitare qui lâinspire dans Nevermind pendant que les autres parlent de fantasme sexuels inspirĂ©s par la pochette de lâalbum de Nevermind de Nirvana⊠le rĂ©sultat est difficile Ă transcrire. NDLR)
Maxwell (hurlant par-dessus la mélée) : FUCKING LISTEN TO THE BEATLES, YOU FUCKING IDIOTS !
OK, Maxwell
parle-nous un peu des BeatlesâŠ
Maxwell : Si tu veux, toute la musique dâaujourdâhui, câest Ă base de Beatles !
Julien : Tu crois que Beethoven a attendu que les Beatles arrivent ?
Maxwell : Les Beatles, câest Beethoven ! ⊠Non, mais au niveau des pop, mĂ©lodies â bon, les paroles, on sâen fout – câest juste gĂ©nial.
Julien : En vrai, tu as complĂštement raison.
OK, Maxwell, tu
viens dâune autre culture, pas forcĂ©ment rock, punk, noise, etc.
Quâest-ce-que tu as pensĂ© dâeux la premiĂšre fois que tu les as
écoutés ?
Maxwell : Ils
mâavaient dit que câĂ©tait « noise-punk »âŠ
Câest ce que
tout le monde dit, dâailleursâŠ
Maxwell : Pour moi, « noise-punk », câest The Fall mais hyper expĂ©rimental ! Pas de mĂ©lodies, rien ! Câest juste TRRRRFFFFFXXXXRRRRRZZZZ BBBBBRRRRRTTTTRRREWWWKKKKRRRR !!!!!!!! (Il fait le bruit avec sa bouche. NDLR) Ca mâexcitait⊠Je suis arrivĂ© Ă la rĂ©pĂšte, câĂ©tait pas du tout ça ! CâĂ©tait un peu⊠organisé⊠un peu math-rock. CâĂ©tait pas du tout ce que je pensais. Et du coup, je me suis un peu forcĂ© parce que je connaissais personne Ă Saint-Brieuc et je voulais me faire des potes. (Rires) Je leur ai dit : « Vous faites de la merde, vous avez besoin de moi. »
Marc : On a pas besoin de toi ! Je tâai trouvĂ© ivre mort dans une soirĂ©e et je tâai dit : « Eh putain, toi, tâas pas lâair français ! » et on a commencĂ© Ă discuter. Câest exactement comme ça que ça câest passĂ© !
Julien : Le lendemain matin, jâavais un message de Marc qui disait : « Putain, jâai rencontrĂ© un mec, il est australien, il a lâair complĂštement timbrĂ© mais ça peut ĂȘtre gĂ©nial ! »
Vous racontez
deux moments diffĂ©rents, en faitâŠ
Marc : Pendant la premiĂšre rĂ©pĂšte, il est restĂ© assis Ă boire pendant une heure et demie. Il a tisĂ© une premiĂšre bouteille de Chardonnay, puis il en a ouvert une deuxiĂšme et enfin il sâest tournĂ© vers le micro et il sâest mis Ă hurler comme un sauvage !
Julien : On a lâenregistrement de la premiĂšre rĂ©pĂšte, jâavais lâimpression dâentendre Jim Morisson en train de faire des Oh-oh-oh sur notre musique ! On Ă©tait hyper surpris mais câĂ©tait gĂ©nial. Moi, le lendemain matin, je me suis rĂ©veillĂ© en me disant : câest bon.
Marc : Exactement, câest le gars qui nous fallait et puis voilĂ ! On sâest pas posĂ© la question trois secondes ! CâĂ©tait gĂ©nial, dĂ©glingo comme il fallait. Il chantait juste comme il fallait, il mettait lâĂ©motion pile poil oĂč il fallait. CâĂ©tait parfait. Et la lumiĂšre fĂ»t !
Vous avez
complÚtement changé votre musique du coup ? Ca a mis longtemps
Ă se mettre en place ?
Marc : Non, non, on nâa pas complĂštement changĂ©. Il y a des morceaux quâon joue encore qui sont issus de cette pĂ©riode-lĂ âŠ
Julien : Câest pas ses prĂ©fĂ©rĂ©s, Ă Maxwell, mais bonâŠ
Marc : Ce qui sâest passĂ©, câest quâon a recommencĂ© Ă composer comme on ne faisait plus. On sâest remis Ă composer en studio, Ă amener des riffs, il avait ses propres chansons quâon a bousculĂ©es. On a bousculĂ©s nos chansons pour mettre du Maxwell dedans et puis voilĂ ! En fait lâalbum est nĂ© de lâespĂšce de pĂąte Ă modeler de cette Ă©poque-lĂ
Maxwell, quel
est ton rapport avec la langue française ? Est-ce-quâil y a
des groupes qui chantent en français que tu aimes ?
Maxwell : Je peux name-drop beaucoup de mes potes, là ⊠Jâadore les groupes français qui chantent en françmportant. Ils sortent pleins de groupes super bien. Il y a un groupe qui sâappelle KĂ©vin Colin et les Crazy Antonins, Roland Cristal, KĂ©vin Cristal, KĂ©vin Colin⊠Tous mes potes de Toulouse… sans eux, je ne suis rien !
Marc : Ben merci, on est vraiment trĂšs content de tâavoir parmi nous, connard de merde ! (Rires) On est vraiment trĂšs contents dâĂȘtre lĂ ce soir mais je pense quâon va y aller maintenantâŠ
Maxwell : Câest des gens qui mâont vraiment touchĂ©s⊠Bref, la chanson française, jâadore ! Il faut que les français gardent la chanson française au lieu dâessayer de chanter en anglais !
Et le rock en
français, tâaimes bien ?
Maxwell : Ouais, jâadore ! Jacques Dutronc ! Françoise Hardy !
Julien : Câest pas rockâŠ
Maxwell : Si, si, câest rock, rock nâroll, un peuâŠ
Julien : Françoise Hardy, rock ân roll ?
Maxwell : Serge Gainsbourg, Sheila, France GallâŠ
Pour moi, ça
tombe davantage dans la variĂ©tĂ© ou la popâŠ
Marc : Cette discussion est complĂštement dingue parce que câest deux mondes totalement diffĂ©rents ! Tu attends des rĂ©fĂ©rences alterno dâun type qui considĂšre quâen fait la pop est rock !
Maxwell : Pour moi, la pop ça couvre tout. Et le rock, câest une petite partie de la pop.
Marc : Mais un truc vraiment rock en français que tu aimes, ça serait quoi ?
Maxwell : Cobra⊠mais en fait jâaime pas trop. Je trouve que câest drĂŽle mais jâĂ©couterais jamais tout seul. Dans le camion, ça va !
Et au fait, je
suis sĂ»r que câest une question quâon vous a posĂ©e plein de
fois, mais Patrick Dewaere, quâest-ce quâil reprĂ©sente pour
vous ? Pourquoi vous avez choisi ce nom ?
Maxwell : En fait, câest lâoncle de Marc.
Julien : En fait, on cherchait un truc qui colle Ă notre musique et qui soit liĂ© Ă Saint-Brieuc. Et dâun coup : Dewaere ! Il est nĂ© Ă saint-Brieuc. Le mec est torturĂ© et en mĂȘme temps, il y a un cĂŽtĂ© beau, Ă©mouvant chez ce mec-lĂ et en mĂȘme temps fou, violent, torturĂ© et beau. CâĂ©tait parfait, câĂ©tait ce quâil nous fallait, Dewaere !
Câest marrant
dâĂȘtre attachĂ© Ă une ville, comme çaâŠ
Julien : Y rien de spĂ©cialement glorieux⊠Câest notre ville !
Marc : Câest la plage ET les mobylettes. Câest la base !
Julien : Moi, je suis anti-patriotique mais jâaime bien Saint-Brieuc quand mĂȘme !
Et lâavenir
pour Dewaere ?
Marc : On fait un deuxiĂšme disque, qui est plutĂŽt bien en route. Les morceaux sont lĂ mais il faut quâon les dewaerise ! Câest la principale diffĂ©rence entre le disque que tu as Ă©coutĂ© et celui qui va arriver. Sur Slot logic , on a tout composĂ© ensemble, Ă lâancienne, en rĂ©pĂšte. Pour le prochain, on a demandĂ© Ă Maxwell â Maxwell compose tout le temps, de tout, il nous amĂšne des trucs et souvent on lui dit « Non, ça, câest pas pour nous⊠» – bref, on lui a demandĂ© de nous sortir les trucs les plus pop possibles. Genre : si les Beatles Ă©taient encore vivants, sors-nous les singles des Beatles vont sortir pour les dix prochaines annĂ©es ! Nous derriĂšre, on les dĂ©truit, on en fait les trucs les plus noise possible. Et ça donnera⊠ben, on verra bien, parce quâon en sait rien, en fait.
Maxwell : Ce sera le meilleur album de 2020 ! Chaque morceau est un tube !
Julien : Il ne ment pas.
>>>>>>>>>> DEWAERE